Publié par : Papy40 | 01/06/2011

Mobile, 4G, Fibre, Hadopi, Neutralité : tour d’horizon de la stratégie de SFR

 

Source : ZDNet

par Olivier Chicheportiche

Mobile, 4G, Fibre, Hadopi, Neutralité : tour d'horizon de la stratégie de SFRRencontrée lors d’un évènement organisé pendant le tournoi de tennis de Roland Garros, la direction de l’opérateur a répondu aux questions de ZDNet.fr sur les sujets d’actualité du moment.

SFR n’entend pas se faire oublier. Alors que Free monopolise l’attention avec sa Freebox Révolution et ses projets dans la mobilité, alors que Bouygues Telecom continue à engranger massivement des nouveaux abonnés ADSL, la filiale désormais à 100% de Vivendi a profité du tournoi de tennis de Roland Garros pour rencontrer la presse et discuter de "façon informelle" avec les journalistes.

L’occasion pour ZDNet.fr de balayer avec des membres de la direction de l’opérateur des sujets chauds de l’actualité : stratégie mobile, 4G, fibre, mais aussi neutralité des réseaux ou encore application de la loi Hadopi…

ADSL et recrutements de nouveaux abonnés

Les commentaires des observateurs relatifs aux performances mitigées de SFR en termes de conquête de nouveaux abonnés semblent quelque peu agacer l’opérateur. Rappelons que depuis plusieurs trimestres, SFR est à la traine face à ses concurrents, malgré le lancement de sa nouvelle box Evolution.

Ainsi, au premier trimestre, SFR n’a séduit que 65 000 nouveaux abonnés contre 89 000 pour Orange, 127 000 pour Iliad (Free et Alice) et 132 000 pour Bouygues Telecom.

"L’offre Evolution est un succès, 300 000 box ont été écoulées depuis son lancement", lance Frank Cadoret, directeur général de l’opérateur. Surtout, le responsable dénonce certaines conclusions hâtives : "En ventes brutes, nous sommes le premier recruteur du marché mais l’importance de notre parc, presque 5 millions d’abonnés, génère un churn (départ de clients) plus élevé qu’un Bouygues Telecom dont le parc est très faible."

Certes, mais le volume important de départs plombe tout de même les conquêtes nettes. La mauvaise gestion de l’augmentation de la TVA chez l’opérateur ne doit pas être étrangère à cette tendance…

Mobile : une remise à plat de la relation client et des nouveaux services

Mardi 7 juin, SFR organise une importante conférence de presse dont la thématique est restée secrète. Selon nos informations, il s’agira surtout de remettre complètement à plat la relation client et les questions de fidélité.

Il faut dire que les tendances évoluent avec des abonnés qui souhaitent conserver leurs smartphones lorsqu’ils prennent un nouvel abonnement. Chez l’opérateur, les abonnements ‘SIM Only’ qui permettent de baisser le coût mensuel ont le vent en poupe. Ils représentent déjà 15% des ventes alors que l’objectif était de 10% à la fin de l’année.

Ce succès a aussi des conséquences sur les finances de SFR qui achètera cette année 1 million de terminaux en moins aux fabricants…

Du côté des services, il semble bien que SFR va officialiser un accord avec le site de streaming musical Spotify. Ce dernier sera intégré à des offres fixes et mobiles à l’image de Deezer avec Orange. "On annoncera bien quelque chose avec eux la semaine prochaine", glisse Frank Cadoret.

Fibre optique : le décollage est imminent

Pierre-Alain Allemand, directeur général réseaux de SFR ne cherche pas à dissimuler la réalité. "Nous avons du mal à faire entrer la fibre dans les foyers malgré un nombre toujours plus important d’immeubles éligibles".

Comme ses concurrents, SFR est en effet face à un problème de taille. 2,5 millions de foyers sont ‘connectables’, 500 000 sont effectivement raccordés mais seulement 50 000 foyers se sont abonnés à l’offre FTTH de l’opérateur.

Les raisons de ce démarrage poussif sont connues : dans les zones très denses, les abonnés ne perçoivent pas l’intérêt de la fibre face à un ADSL très performant. SFR mise donc sur les services pour convaincre (et sur une massive campagne de communication qui a commencé depuis peu).

"Le multi-postes, c’est-à-dire la possibilité de recevoir le flux de télévision HD et en 3D sur tous les téléviseurs du foyer est un argument qui porte. On commence vraiment à en sentir les effets au niveau des abonnements.

Reste qu’il y a un gros travail pédagogique à faire qu’il s’agisse de la technologie mais aussi du déploiement dans l’immeuble avec les syndics. On pense également s’appuyer sur le rôle central des gardiens d’immeubles qui pourraient devenir les vecteurs de démonstrations de services à très haut débit", explique Pierre-Alain Allemand.

4G, explosion du trafic data mobile, remise à plat prochaine des forfaits illimités

Toujours en matière de très haut débit, SFR confirme évidemment ses ambitions dans la 4G même si le dispositif d’attribution est "très compliqué", souligne le responsable. Néanmoins, la 4G n’est pas encore pour demain.

"On ne veut pas répéter l’erreur de la 3G lancée trop tôt avec des terminaux inexistants. Le risque semble moins élevé avec la 4G puisqu’un écosystème semble se mettre en place, notamment aux Etats-Unis mais nous pensons que le décollage aura lieu entre 2012 et 2013", explique Pierre-Alain Allemand.

"Par ailleurs, la 3G en a encore sous le pied. Sur notre réseau, 12 grandes villes sont couvertes en 21 Mb/s théorique. Et d’ici la fin de l’année, Paris, Lyon et Marseille seront couverts en 42 Mb/s notamment grâce à la généralisation des liaisons en fibre optique. Quant à la 4G, nous misons plus sur le LTE Advanced qui permettra un vrai gain, mais nous ne tablons pas dessus avant 2015."

En attendant, le trafic data mobile continue à exploser et il faudra bien trouver des solutions. Pierre-Alain Allemand confirme bien que SFR devra bel et bien revoir la notion de forfaits illimités avec des offres facturées en fonction de l’usage, comme le fait Vodafone en Europe avec des offres premiums donnant accès à une qualité de service optimum. "C’est le sens de l’histoire", conclut le responsable.

ADSL : gestion du trafic, hébergement de contenus et neutralité du Net

L’explosion du trafic data menace l’intégrité des réseaux, s’alarmait lors du eG8, Stéphane Richard, patron de France Télécom. Sans aller jusque-là, SFR commence également à s’inquiéter des pics de trafic lié au streaming à certains moments de la journée.

Les utilisateurs (quelque soit le FAI) s’étonnent de subir certains ralentissements, notamment pour accéder à YouTube. Une situation qui remet en cause les principes de peering gratuit qui organisent les flux entre éditeurs de services et opérateurs.

"Le débat est aujourd’hui posé de manière claire. Les solutions existent", commente le responsable réseau. Première solution : faire payer les géants du Web, les premiers à profiter des réseaux. "Ces accords existent déjà aux Etats-Unis mais jusqu’à aujourd’hui, on en parlait pas. Ces accords commencent à être rendus publics". Et en France ? Le tabou reste entier…

Le risque : un internet à deux vitesses où certains services seraient mieux lotis que d’autres grâce à une priorisation de l’accès. Un point que réfute SFR : "on parle de gérer la qualité de service pas de casser la neutralité du Net". Le discours reste délicat.

D’ailleurs, SFR préfère mettre en avant une solution alternative en devenant hébergeur de contenus (CDN : content delivery network). "Nous pouvons héberger les contenus des éditeurs de contenus, notamment la vidéo en streaming,  sur nos serveurs géographiquement optimisés selon leurs sources de trafic. Cette solution nous permet de mieux gérer le trafic issus de ces sites et d’améliorer la qualité de service pour l’utilisateur".

Cette solution permet surtout de monétiser les tuyaux des opérateurs au moment où ces derniers voient leurs revenus d’accès stagner alors que l’usage explose. En France, des négociations sur ce terrain ont lieu mais n’ont pas débouché pour le moment.

Hadopi : la question des communications privées reste entière

Interrogé sur la délicate question du traitement des adresses IP, SFR indique "jouer le jeu, contrairement à certains". L’opérateur semble viser Free qui continue à exploiter les failles du système en transmettant par exemple l’identification de ses abonnés sous forme papier…

Autre souci de taille, celui des communications privées en cas de coupure de l’accès décidée par un juge (étape 3 de la riposte graduée). Au niveau législatif, la loi adoptée mentionne la suspension de « l’accès au service de communication au public en ligne ». En conséquence, les services privés que représentent les emails, les messageries, la voix sur IP, ou encore Facebook ne sont pas concernés.

Mais comment appliquer techniquement cette dissociation ? La réponse de Pierre-Alain Allemand est sans ambigüités : "A ce jour, nous ne savons pas comment faire. Si la dissociation est techniquement possible, elle est très coûteuse. Qui paiera ?", s’interroge le directeur général. Une question que ne se poseront pas les juges dont le rôle sera de faire appliquer la loi…

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