Publié par : Papy40 | 12/01/2012

Offre Free mobile : six gros bémols

 

Source : Rue 89

Stéphane LAURENT
indépendant

Des mobiles qui ne suivent pas, un forfait illimité bâtard et un autre, pas si social… Passé l’effet « wahou », le coup de Xavier Niel laisse un sentiment d’inachevé.

Xavier Niel lors du lancement de Free mobile, le 10 janvier 2012 (Benoit Tessier/Reuters)

Alea jacta est. On connaît le prix des forfaits Free Mobile. Le buzz de ces derniers temps avait propagé un tas d’hypothèses, la plupart étaient bonnes ou approchantes.

Mais passé l’effet « waouh » de l’annonce, quand les esprits se calment, que la pression redescend et qu’on regarde plus froidement l’offre de Free, on ne peut se détacher d’un sentiment d’inachevé et même d’un brin de suspicion.

Sans compter que ce lancement, hormis sa « keynote », fait pour le moins amateur et réalisé dans l’urgence. Six déceptions à noter.

1

Des mobiles qui ne suivent pas

La déception est légère mais tout de même : l’offre d’achat couplé de téléphones est pour l’instant très pauvre et mal détaillée.

Bien sûr Free n’a pas vocation à vendre des terminaux, mais il en propose quand même « parce qu’il faut bien ». Hormis le Samsung Galaxy SII, seule « star » du catalogue, ne cherchez pas d’autres grandes marques. Ni HTC, Sony, LG, ni même le moindre Nokia à l’horizon, quant à l’iPhone tant attendu, il ne devrait arriver que plus tard, d’ici deux à trois semaines.

Dommage qu’avec un forfait orienté « geek », les téléphones ne suivent pas.

Xavier Niel annonçait avec emphase être « le seul opérateur à avoir un accord avec Apple avant son lancement ». Manifestement, l’accord – et donc le module « catalogue » de la fusée – a du retard à l’allumage.

2

Forfait illimité : bâtard

A un moment, il était question de cinq forfaits. Il n’en reste finalement que deux, et le forfait illimité est bâtard. Il s’adresse clairement aux gros consommateurs (voix, SMS/MMS illimités) avides de technologies (3 gigaoctets (Go) d’Internet mensuel contre 1 Go ou moins ailleurs).

Ce forfait phare à 19,99 euros tout compris est certes frappant au premier abord. Mais si l’on ajoute le coût du terminal sur douze mois (un geek change tous les ans), il devient moins formidable.

Avec un iPhone 4S 16 Go et pour l’équivalent chez B&You ou Sosh (Orange), on est autour de 89 euros par mois contre 79 euros chez Free, pas si révolutionnaire…

La partie data est presque surdimensionnée et on se prend à rêver du même forfait avec seulement 1 Go, largement suffisant pour 90% des utilisateurs, pour un 14,99 euros encore plus spectaculaire, quitte à ajouter une option 3 Go.

3

Forfait à 2 euros : très risqué

C’est donc l’autre forfait de Free, celui dit « social » ; sous couvert de cet adjectif au demeurant sympathique et quasi philanthropique, se cache une offre dangereuse.

S’il se targue de diviser par cinq le prix du « forfait RSA », négocié entre le gouvernement et les opérateurs, que Free qualifie de « Racket Super Arnaque », il pourrait bien se transformer lui aussi en « super arnaque ».

Pour 2 euros, vous avez 60 SMS et une heure d’appels, l’heure supplémentaire coûte 3 euros, si bien qu’au-delà de six heures, mieux vaut prendre l’illimité sinon gare à la facture !

Aucune data

Mais surtout ce forfait ne comprend aucune data ! Donc les MMS et le Web vous seront facturés. Une option data et MMS existe bien à 2,99 euros mais pour seulement 20 Mo (mégaoctets). Au-delà, il vous en coûtera 6 centimes le Mo !

Or même si vous n’êtes pas un aficionado du surf sur mobile, beaucoup de téléphones nécessitent aujourd’hui un minimum de data. Une application aussi simple que la météo va chercher ses mises à jour par exemple.

Surtout, les téléphones récents, même premier prix, sous Android, sont hyper connectés au Web.

Pour peu que vous synchronisiez vos contacts via Google, votre téléphone se connectera régulièrement pour vérifier les mises à jour, voire à chaque ouverture de votre répertoire !

Même si vous n’êtes pas un geek, comment résister à l’envie d’envoyer quelques photos, de coupler votre répertoire avec Facebook, histoire d’avoir les photos de profil ou de vacances de vos petits-enfants ou pire de regarder la vidéo de la naissance du petit dernier ? Des videos, des tas de photos ? Malheureux ! Vous voilà avec quelques centaines de mégas dépensés à 6 euros pièce.

Si vous n’avez pas fait attention, puisque vous n’êtes pas un geek, et que vous vous êtes laissé happer par les sirènes du téléphone connecté par inadvertance, vous pouvez grandement saler votre facture : 1 Go de données et hop, 60 euros de dépassement sur le forfait mensuel quand les autres payent 19,90 euros pour 3 Go !

Aucun moyen de bloquer le forfait

Sous ces airs de bon samaritain, Free ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque contrairement au forfait illimité, il n’y a aucun moyen de bloquer son forfait pour s’empêcher de faire une bêtise de débutant avec les data (ou les appels à l’étranger).

Et pourtant s’il y a bien un forfait qui aurait dû être blocable c’est celui que Xavier Niel dit, la larme à l’œil, avoir réservé aux plus pauvres d’entre nous !

Non décidément ce forfait est inadapté et n’a rien de « social ».

Il aurait bien mieux valu proposer à 4,99 euros un forfait bloqué deux heures incluant au moins 50 Mo de data pour les usages courants et quasi obligatoire des téléphones modernes avec un achat de crédit supplémentaire si besoin et en toute connaissance de cause.

4

Quid d’un forfait entredeux ?

Sans doute la plus grosse déception, entre un forfait illimité orienté geek à près de 20 euros et un forfait dépouillé à 2 euros, inadapté aux téléphones et usages modernes, il y a un gouffre !

Où est l’offre à 9,99 euros avec trois heures d’appel, SMS illimités et 1 Go de data ? C’est l’offre qui aurait le plus correspondu à l’usage moyen des Français, celle qui aurait rassemblé le plus de monde, connu le plus grand succès, celle qu’on attendait vraiment, au fond, de Free…

Mais aussi, sans doute la moins rentable pour l’opérateur. Est-ce que le fait de ne pas avoir obtenu ce qui était prévu pour le prix de la terminaison d’appel a fait passer ce « blockbuster » à la trappe ?

En n’occupant pas ce créneau, Free laisse bizarrement un boulevard à ses concurrents, à eux de s’en saisir.

Il en va de même d’ailleurs avec une offre de type Mobicarte…

5

Un ratage technique le jour J

Cet amateurisme est surprenant et inquiétant pour la suite. Après une conférence fort bien menée à 9 heures du matin et qui a eu plus de 600 000 spectateurs et, d’après Free, 4,5 millions de connexions au total sans aucun problème notable, il a été impossible de se connecter au serveur de Free mobile pour s’inscrire durant toute la journée et la nuit (et même plus ? ).

Pas mieux par téléphone malgré les 1 500 personnes recrutées par Xavier Niel. A moins que plusieurs millions de Français se soient rués toute la journée sur le site, rien n’explique un tel ratage technique qui laisse aux concurrents un délai supplémentaire de réaction.

Les quelques rares pages et documents que l’on a pu consulter ne sont même pas finis (dont la FAQ pourtant essentielle) et bourrés de fautes.

Pour un projet en préparation depuis 2007 on ne peut que s’étonner de ce qui ressemble à un lancement dans l’urgence.

6

AliceBox et autres « oublis »…

Le « roaming data » (connexion à Internet depuis l’étranger), d’après les utilisateurs, est annoncé comme étant assez cher chez Free, bien plus cher qu’ailleurs. Peut-être une façon d’écarter les grands utilisateurs professionnels.

La messagerie vocale visuelle (qui permet de sélectionner sur l’écran tel ou tel message enregistré), ne semble pas prévue pour l’instant. L’envoi de SMS gratuits est limité à dix destinataires par SMS (attention aux « mailing » du Nouvel An ! ).

Les possesseurs d’AliceBox, pourtant propriété entière de Free, ne semblent pas pouvoir bénéficier du même tarif réduit que ceux qui ont une FreeBox, etc.

Un coup de pied dans la fourmilière

Pour autant, il ne faut pas jeter le Xavier avec l’eau du bain. Free a bien mis un coup de pied dans la fourmilière.

Mais ses concurrents vont réagir plus vite que prévu et il leur a laissé quelques arguments à faire valoir. Ces offres sont « limitées aux trois premiers millions de souscripteurs », un pied de nez de plus de Niel, certains analystes lui prévoyant à peine un million d’abonnés au bout d’un an.

Pour ma part, j’ai écrit dans mon article précédent que ce chiffre pourrait être atteint en deux ou trois mois et en tout cas avant la première étape importante imposée par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) à Free contre son gré : celle de la baisse de son prix de terminaison au bout de six mois.

Reste qu’en zappant une offre médiane autour de 10 euros, Free se prive peut-être d’un exploit supérieur à toutes les prévisions.

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